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La coutume du roitelet dit Roi Bertaud

Le bois des « Hôpitaux » est à lui seul tout un pan de notre histoire communale. Dans un article précédent, nous avons vu que les revenus de ce bois permettaient de payer le salaire d'un précepteur. Aujourd'hui, nous allons découvrir qu’il est à l’origine d’une curieuse coutume locale.

« Les Chevaliers de St-Jean de Jérusalem, plus ordinairement connus sous le nom de Chevaliers de Malte, possédaient à Villejésus une commanderie qui subsista jusqu’en 1789. Ils avaient concédé aux habitants Péret et de Chollet, le droit de prendre dans leur bois de « L’Hospital » tout ce qui était nécessaire à leur chauffage, à leurs constructions, plus un droit de pacage à la condition toutefois de se conformer à un Hommage annuel. Un procès-verbal de visite de la commanderie, rédigé en 1615, confirme ces droits «de temps immémorial ».

L’hommage ou redevance noble auquel étaient astreints les habitants pour jouir de leurs droits se trouve décrit tout au long d’un acte passé à Villejésus dans la maison de Louis Mellaseau, sieur de la Touche, hôtelier, l’après-midi du vingt-cinquième jour de Mai 1703, à la requête de M. le Commandeur de ladite paroisse et en présence de Jean Laumône et de Jean Robin procureurs syndics des manants et habitants.

Le premier jour de l’an, les justiciables étaient tenus de prendre vif un « ozillon », communément appelé Roitelet Bertaud ; puis, ils le transportaient devant la croix du Péret, l’un des quatre cantons du bourg énumérés plus haut. Là, on introduisait la petite bête dans une cage au centre de laquelle se trouvaient fixées en rond six menues barres de bois pointues. Chaque patte de l’oiseau était liée à trois de ces barres, de façon qu’ainsi écartelé il pendit, la tête en bas, au milieu de la cage. La cage était alors portée par quatre jeunes enfants ayant « les jambes, les cuisses et les fesses nues. » Ceux-ci, à leur tour, étaient soulevés par quatre hommes qui « les élèveront tant haut qu’ils pourront, les pieds en haut, au point qu’ils montreront leurs parties honteuses, en disant et criant à haute voix par plusieurs fois : Vive le Roi ! Vive le Roi ! » Pendant ce temps, le tambour battait et les justiciables avaient même le droit de faire sonner la trompette, si bon leur semblait, pourvu que ce fût sans « scandale ».

La même cérémonie était reproduite à chaque carrefour de la Rue basse, jusque devant la grande porte de l’église. A ce moment, le Roi Bertaud, en sa cage, était porté devant le maître-autel et offert par les quatre enfants « pour manière d’oblation et pour faire à leur volonté » soit à Monsieur le Commandeur, soit à son curé, soit au vicaire de la paroisse, suivant quelqu’un ou l’autre de ces personnages se trouvait alors dans l’église. Les enfants baisaient ensuite la patène du calice et chacun d’eux recevait, pour salaire, des justiciables, un denier et un pain blanc valant douze deniers.

Voilà les faits, d’après des textes d’une authenticité indiscutable. Maintenant, quel est le sens de cette étrange cérémonie ?

Évidemment, il faut en écarter toute intention satirique : le soin avec lequel les diverses phases sont précisées et fixées dans plusieurs actes notariés indique l’importance qu’y attachaient les parties contractantes. L’emprisonnement et l’offrande de l’oiseau constituaient dont réellement un hommage.

Mais quelle signification attribuer à ces quatre enfants si étrangement accoutrés et aux non moins bizarres postures qu’on leur faisait prendre ? Ces cris de « Vive le Roi ! » sont aussi malaisément explicables, à moins qu’on n’y découvre une dérision dernière pour le misérable petit Roi, enclos en sa cage et destiné à porter au Commandeur l’hommage de ses justiciables.

Enfin pourquoi l’avoir désigné, ce roitelet, comme victime expiatoire ? Qui doit-il représenter cet infime Roi Bertaud ?

Hôte fidèle de nos campagnes, cette humble bestiole, le plus petit et le moins vivace de nos oiseaux - puisqu’il ne vit que trois ans, - ce roi à rebours avec sa robe couleur de glèbe paraît tout qualifié pour incarner le manant, le serf enchaîné à la terre et dont l’hommage par lui monte au seigneur.

A-t-on plutôt choisi l’oiselet fureteur, au vol court et sinueux, pour symboliser la liberté entière, le droit complet concédé a tous justifiables de Villejésus de vaquer en paix dans ce bois des Hôpitaux, « quand bon leur semblerait, sans aucun contredit, au vu et au su de tous », ainsi qu’il est dit dans les actes ?

Pour être complet, ajoutons que l'hommage du Roitelet, qui avait été pratiqué durant des siècles, fut modifié » peu de temps après la rédaction de ce contrat. En effet constatant que la population du bourg augmentait progressivement et absorbait tout le bois des coupes de l’Hôpital, l’un des Commandeurs de Villejésus opéra une transaction par laquelle il abandonnait aux habitants la propriété d’une moitié du bois, à la charge de renoncer à toute servitude sur la moitié. L’acte est du 26 mars 1748 entre André Peignier, sieur du Chambon et Hellay fondés de pouvoir respectivement de M.M. Jean Raphaël d’Auteroche, ancien conseiller du Roi et Michel d’Auteroche, Commandeur de Villejésus d'une part et Charles François Estachon, sieur de la Maisonneuve, fonde de procuration du syndic des habitants, d’autre part ; il est signé par Jean Baptiste Hériard de Préfontaine, avocat au Parlement, juge assesseur de principauté de Marcillac. Le contrat stipule en outre qu’au lieu de l’hommage du Roi Bertaud, les justiciables, ayant droit au bois, seront tenus de payer au Commandeur, le premier jour de l’an « cinq sol de cents et rente noble, féodale et foncière et de lui faire hommage d’une paire de gants blancs de la valeur de cinq sols, en son logis ou hôtel de la Commanderie. Lequel payement et hommage seront faits et servis par le syndic ou marguillier en charge pour et au nom des dits habitants de Villejésus. »

Les conditions furent scrupuleusement remplies jusqu'à la Révolution. À ce moment l’administration voulut s’emparer des bois ; or les habitants du petit bourg n’entendaient point se laisser déposséder de leurs droits, ils tinrent bon et grâce aux efforts de leur digne Maire, M. Jean Drut, ils finirent par obtenir gain de cause. Actuellement le bois des Hôpitaux est encore un « communal » où les roitelets peuvent voleter en paix dans ses bosquets et y goûter sans crainte le charme furtif de leurs brèves amours. »

Bibliographie :

Plusieurs historiens du XIXème siècle ont relaté dans divers ouvrages « L’Hommage du roitelet à Villejésus ».

Citons la notice de M. Gustave CHAUVET dans les Bulletins de la SAHC de 1904-1905, celle de M. A. FAVRAUD dans ses notes rétrospectives sur Ruffec et ses environs de 1898 et enfin le très intéressant article de M. Alfred BRUN paru dans la Revue des Charentes d’Avril 1904 dont nous avons transcrit de nombreux extraits dans ces pages.

Notes de lecture : Dominique GRANDJAUD


Catégorie : La commune - Histoire
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